Le Lactate

Qu’est-ce que le lactate ? Quels sont ses effets sur notre organisme ?

Est-il vrai que l’acide lactique cause les courbatures post-effort ?

Aujourd’hui, nous répondons à ces questions !

 

Le lactate, cette molécule chimique produite par notre organisme lors de l’effort physique, se voit souvent attribué le rôle de poison par les sportifs. Pour ces derniers, les crampes, les courbatures et la fatigue musculaire sont généralement causées par une augmentation de lactate.

Nous allons essayer de démontrer les effets du lactate sur l’organisme.

La croyance la plus populaire est « le lactate se produit uniquement lors de l’exercice anaérobie ».
Le lactate à une concentration basale positive même au repos. Lorsque l’on débute un exercice de faible intensité (+- 30% VO2max), la concentration va augmenter car la consommation d’oxygène ne peut pas subvenir au besoin énergétique durant les premières minutes. C’est donc un autre système qui prend le relais, la glycolyse, et qui produit ainsi du lactate.
Si l’exercice est maintenu à une même intensité, en l’occurrence de faible intensité, cette concentration va se stabiliser.

Dans le cas d’un exercice de haute intensité, la concentration va augmenter de manière continue.

L’effet acidifiant du lactate est également fort connu de la population sportive, lui attribuant alors une diminution de leur performance au vu de la diminution du pH(= augmentation acidité).

En réalité, lorsque le lactate se transforme en acide lactique, il permet de limiter l’augmentation de l’acidité. Lorsque l’acide lactique se forme, il consomme un proton (H+), ce qui produit une augmentation de pH (diminution de l’acidité). On peut donc dire que sans l’acide lactique, le milieu serait encore plus acide. On lui attribue le rôle de « pouvoir tampon ».

 

« Une fois produit, que va-t-il devenir ? »

Le lactate produit dans les fibres musculaires de type 2 peut être ré-oxydé dans les fibres musculaires de type 1 au sein du même muscle.

Il peut également être consommé par les muscles inactifs ou faiblement actifs lors d’une activité physique ne nécessitant que certains groupes musculaires.

Le cœur est également un grand consommateur de lactate.

Pour ces deux derniers sites de consommation, le lactate doit passer par le sang. Il y parviendra en passant par le liquide interstitiel.

Au plus un athlète sera entrainé, au plus vite il éliminera l’acide lactique. La production ne change pas, elle reste identique mais l’élimination est plus rapide.

Lorsque l’on arrête un exercice intense de courte durée, la concentration sanguine en lactate continue d’augmenter durant quelques minutes. La concentration va alors chuter de manière exponentielle, ce processus peut être accéléré par un exercice de faible intensité (30% VO2 max). La concentration sanguine en lactate retourne naturellement à sa valeur basale en +- 2 heures et en +-1 heure avec un exercice de faible intensité. Il est alors impossible d’avoir une concentration en acide lactique supérieure à sa valeur basale le lendemain d’un effort.

Nous venons donc de démontrer une nouvelle fausse croyance : « le lactate est responsable des douleurs musculaires retardées, courbatures. »

 

« Le lactate diminue la force musculaire »

Lorsqu’une fibre musculaire est placée dans un milieu à température faible (12°C), la force musculaire diminue fortement. Cette diminution de force est majorée suite à la diminution de pH. Au plus on se rapproche de la température corporelle, au moins l’effet du pH sur le muscle est important. A température physiologique, l’effet du pH sur les fibres musculaires est négligeable.

Lors de l’exercice physique, en plus de l’augmentation de température, la concentration en potassium augmente. Cette augmentation diminue la force musculaire. Mais cette diminution de force est contrecarrée par le lactate, qui permet de retrouver le niveau de force initial. Le lactate est donc bénéfique pour la force musculaire lors de l’activité physique.

 

En conclusion, le lactate n’est donc pas un poison pour l’organisme lors de l’exercice physique. Il n’est pas fabriqué uniquement lors d’un exercice anaérobie, il limite l’augmentation de l’acidité, il sert de substrat énergétique aux muscles et au cœur, il retrouve sa concentration basale après +- 2 heures, il maintient la force musculaire en présence d’une augmentation de K+.

 

 

Article de P. Renaud.

Bibliographie :

Francaux, M. (2017). Physiologie de l’exercice : le métabolisme énergétique. Unpublished Document, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve.

Billat, V.L., Sirvent, P., Py, G., Koralsztein, J.P., Mercier, J. (2003). The concept of maximal lactate steady state : a bridge between biochemistry, physiology and sportscience. Sports Med. 33(6), 407-26.